Le retour de Tetou
Lorsque j’ai appris que Tetou avait rouvert ses portes, j’ai immédiatement replongé plusieurs années en arrière. À l’époque, l’institution trônait sur l’avenue des Frères Roustan, à Golfe-Juan. On y allait presque en pèlerinage. Il fallait parfois prévoir le budget à l’avance, le restaurant n’acceptant alors que les paiements en espèces. Mais une fois installé, quasiment les pieds dans l’eau, tout le reste s’effaçait.
Je revois encore cette bouillabaisse d’une justesse rare : un bouillon profond, une rouille généreuse, des poissons soigneusement sélectionnés… Une recette devenue, pour moi, l’un des plus beaux souvenirs gastronomiques de la Méditerranée. Pendant le Festival de Cannes, acteurs, réalisateurs et producteurs quittaient volontiers l’effervescence de la Croisette pour venir chercher ici un peu d’authenticité. Tetou faisait partie de ces maisons où l’on venait autant pour l’assiette que pour l’atmosphère.
Aujourd’hui, c’est justement à Cannes que l’établissement renaît. Je ne cache pas que j’aurais préféré retrouver cette adresse dans son décor d’origine. Mais s’il faut traverser la Croisette pour revivre cette émotion, je le ferai sans hésiter. Reste désormais une seule question : cette bouillabaisse saura-t-elle retrouver la magie de mes souvenirs ? Et comment se mesurera-t-elle face aux versions mythiques de Chez Michel, à Marseille, ou de Chez Camille, à Ramatuelle ? Les souvenirs embellissent parfois les assiettes. Il est temps d’aller vérifier si celui-ci résiste encore au goût du présent.
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