
Anne-Sophie Pic, la fin d’un chapitre lausannois
On ne s’y attendait pas. Ou peut-être si. Sans jamais oser le dire tout haut. Qu’importe, au fond. Quand la nouvelle de la fin du partenariat entre Anne-Sophie Pic et le Beau-Rivage Palace est tombée, elle nous a laissés là, étonnés presque déboussolés, comme si une évidence de notre paysage culinaire venait soudainement de vaciller. Car il faut bien le dire, Anne-Sophie Pic fait partie de ces personnes discrètes à la présence immuable et profondément ancrée. Et pourtant. En y repensant, il y a quelques semaines encore, nous étions attablés dans cette salle baignée de lumière, en ce mercredi de fin janvier, le soleil entrant généreusement par les grandes baies vitrées, caressant les tables avec élégance. Mais la salle, elle, était étrangement vide. Et malgré cela, les assiettes – précises et sensibles - continuaient de raconter une histoire. Une histoire presque suspendue, comme en décalage avec le silence ambiant, laissant entrevoir non pas un équilibre, mais peut-être une forme de fragilité.
Le propos ici n’est pas de chercher des raisons, ni de sonder les coulisses d’une décision qui appartient à celles et ceux qui l’ont prise. Nous avons pris le temps de nous entretenir avec les personnes concernées qui regardent déjà vers l’après. Et dans ces échanges, une chose demeure : la complexité des émotions. Peut-être de la surprise, peut-être du soulagement. Nous ne savons pas, et au fond, cela ne nous appartient pas.
En revanche, ce qui nous appartient, c’est de penser à celles et ceux qui, chaque jour, font vivre ces lieux. La brigade. Les équipes en salle. Ces femmes et ces hommes qui, dans l’ombre ou dans la lumière, tiennent la maison. Ceux que l’on doit encourager à continuer, tenir, avancer, servir encore, avec cette exigence silencieuse, cette abnégation invisible, ce professionnalisme inébranlable. Parce que c’est aussi cela, la gastronomie : la fidélité dans le geste, même lorsque les choses changent.
Anne-Sophie Pic, quant à elle, aura marqué de son empreinte cette adresse, et plus largement notre pays. Une cheffe qui ne cesse jamais d’entreprendre, d’explorer, de créer. Peut-être parfois au prix d’un certain vertige mais il ne nous appartient pas de juger. Le temps, lui, fait toujours son œuvre. Alors certes, une page va se tourner le 31 décembre 2026, mais avant cela, il reste des services, des assiettes, des émotions à partager. Et cette continuité précieuse, fragile, portée par celles et ceux qui œuvrent encore, chaque jour, avec leur cœur. À eux, nous adressons une pensée sincère, bienveillante et profondément reconnaissante.

