Numéro 15… bis

Numéro 15… bis

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

23 septembre 2021

Avec une cuisine décomplexée et tranchée, le restaurant Le 15bis mérite toute notre attention. Bon coup de fourchette garanti.

Oui, oui, oui… la plaine de Plainpalais est un no man’s land architectural. Hormis le skate-park bétonné, l’occasionnel chapiteau du cirque Knie, les manèges « aseptisés » du Luna Park (dernière édition en plein crise sanitaire, encore bravo à nos responsables politiques pour cette débâcle cantonale), les brocanteurs hebdomadaires ou le marché dominical, il ne se passe rien d’intellectuellement stimulant sur cette triste place non loin du parc des Bastions. Et pourtant si proches du quartier des Bains et de ses galeries contemporaines, du musée d’horlogerie, des théâtres, les périphéries de la « plaine » sont en pleine ébullition. Le restaurant le 15bis fait partie intégrante du mouvement culinaire ambiant. Découverte d’un établissement qui suscite un engouement non dissimulé.

© Edouard Amoiel

Double duo

Un temps relativement clément nous permet de déjeuner encore en terrasse, même avec les restrictions du passe sanitaire qui vient de faire son apparition en Suisse. Malgré le charme des murs en pierre, les éléments décoratifs de goût et une belle luminosité provenant des larges fenêtres d’angle, la salle manque d’un petit quelque chose qui serait susceptible de la faire (re)vivre. Pas grave, le duo de salle propriétaire des lieux, Patrick Lejot et Olivier Philip, délivre un service aussi léger que décontracté. Mais c’est côté fourneaux que la flamme attise notre curiosité avec un autre tandem de choc, Clément Torres et Bastian Ruga qui proposent une carte de mets contemporaine, originale, affichant une sacrée dose de gourmandise.

© Edouard Amoiel - Le cabillaud

Après être passé successivement par les cuisines des restaurants Sublime et Den - répertoriés dans les classements du World 50 Best et du Asia 50 Best - puis sur les rives du lac d’Annecy, Clément Torres arrive à Genève poursuivant ainsi son parcours avec brio.

Découverte… Une originalité fortement appréciée : chaque plat de la carte est proposé en version entrée ou en version plat, donnant ainsi la possibilité de multiplier les combinaisons culinaires. C’est le tournedos de cabillaud cuit à basse température qui retient l’attention. Accompagné d’un risotto de Frégola (spécialité sarde) et rehaussé de quelques œufs de poisson, l’entrée électrise.

Butter Chicken

Même si son exécution est sûrement réussie, évitons le récurrent tataki de bœuf qui figure sur tellement de cartes de restaurant de la cité de Calvin et bien au-delà. Du reste, un décryptage approfondi sur le sujet devrait prochainement voir le jour tant cette standardisation culinaire est surprenante. Bref, revenons vers le poulpe, quant à lui superbement cuit et d’une déconcertante tendreté. Le mollusque est nappé d’une sauce dense et onctueuse façon « butter chicken », escorté d’un houmous de lentilles carapaçonné d’un oignon doux. Le plat est un réel cadeau gustatif. Magnifique !

© Edouard Amoiel - Le poulpe

Il se passe des choses au 15 bis avenue du Mail. Une émotion qui nous traverse en cette période si incertaine durant laquelle le monde de la restauration a été durement touché. A travers leurs plats, Clément et Bastian parviennent à donner du baume au cœur en pleine ère de QR code, de Test PCR et de distanciation sociale. Ne baissez pas les bras et continuez le combat car la cuisine mérite d’être défendue. Promis, la prochaine fois je prends le Snickers… un moelleux au chocolat, crème pâtissière cacahuète et croustillant chocolat !