Mischief, la révélation parisienne d’Erica Paredes
On le sait tous : les voyages font du bien. Du bien à l’esprit, du bien au cœur et, en ce qui me concerne, du bien à l’estomac, sans doute un peu moins à mon foie mais l’existence demande parfois des sacrifices et ceux qui apportent du plaisir sont les plus acceptables. On a l’impression que seules les grandes villes abritent des adresses qui savent casser les codes, des lieux qui osent s’émanciper d’une bistronomie hexagonale trop ancrée dans ses valeurs. Genève et la Suisse tiennent fort bien leur rang, mais il arrive que l’on doive s’échapper, marcher, chercher, pousser des portes pour retrouver la joie de la découverte.

Couleurs d’automne
C’est ainsi que je me suis retrouvé à arpenter le troisième arrondissement de Paris, guidé par une longue quête digitale et un instinct de gourmand voyageur. Et c’est là, presque par hasard, que j’ai croisé le nom de Mischief, la table de la cheffe Erica Paredes, et qu’un pressentiment, une intuition m’ont soufflé que j’étais sur le point de vivre un moment rare. Ce fut à la hauteur de mes espérances : ce restaurant n’est pas simplement une adresse, mais un doux bouleversement !
Dès l’entrée, on comprend qu’ici rien n’a été laissé au hasard. Chaque recoin, chaque courbe, chaque perspective du lieu semble avoir été minutieusement pensé, comme si l’espace lui-même racontait une histoire. Les teintes ocre et rouille qui habillent la salle tissent un cocon chaleureux où l’œil se promène avec satisfaction. C’est le royaume du beau, mais un beau incarné, vivant, qui n’écrase rien et magnifie tout.

« Fried chicken »
Dans la cuisine ouverte, la cheffe et son équipe entièrement féminine exécutent un ballet silencieux et précis. Il suffit de les observer quelques secondes pour comprendre que tous les plats qui sortent des fourneaux sont guidés par une main sûre et une créativité habitée. La carte, divisée en trois parties, révèle dès le début une pensée culinaire assumée. On se laisse porter par ces premiers petits éclats de gourmandise avec les baos d’huître frite, rémoulade au gochujang et câpres. Une bouchée dodue, ronde, profondément gourmande, qui annonce une partition sans fausse note.
Puis viennent les Saint-Jacques dans leur coquille, baignées de dashi et de beurre miso, avant d’être légèrement flambées devant nous, comme un clin d’œil théâtral à l’art du feu. La salade de maïs façon street-food mexicaine, totopos maison et truffe brûlée, joue sur une vivacité irrésistible, même si la truffe pourrait s’effacer sans dommage. Quant au chou-fleur rôti, il patientera pour une autre visite : le poulet frit, nappé d’une sauce butter chicken, accompagné de pickles et de riz basmati, a fini par l’emporter, porté par sa réputation déjà bien établie.

Dessert basque
On poursuit avec les linguini noirs maison, ragoût de seiches, aïoli et seiches frites, un plat dense, profond, qui enveloppe les sens d’une élégance presque méditerranéenne. La carte des vins se veut très nature, peut-être trop, et l’on aurait accueilli volontiers quelques références plus classiques, mais rien n’altère la générosité du moment. D’autant que le dessert achève de mettre tout le monde d’accord : un cheesecake basque, accompagné d’une sauce au beurre de cacahuète et d’une confiture raisin-muscat, dont la douceur concentrée rappelle que le plaisir peut être le début d’une révélation.
Erica Paredes signe ici un restaurant ancré dans son époque mais doté d’un socle profondément contemporain, presque intemporel. Sa cuisine est un langage de textures, de cuissons et d’assaisonnements justes, pensés, équilibrés, qui parlent autant au cœur qu’à l’esprit. Mischief n’est pas seulement un lieu où l’on dîne : c’est un lieu où l’on se laisse séduire, surprendre et emporter.

