Le Sesflo, au-delà des intitulés…
Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

14 septembre 2026

La carte du Sesflo fait place à quelques incontournables devenus omniprésents dans la restauration contemporaine. Mais les créations plus personnelles de Simon Varaine révèlent un tout autre visage : celui d’un jeune chef dont la cuisine mérite toute notre attention.

Je le dis souvent : il faut du courage pour se lancer dans la restauration. Il en faut probablement davantage lorsqu’on reprend une adresse qui a souvent changé de mains et cherche désormais sa propre identité.

260515 Sesflo DSC01991
Les chefs Simon Varaine et Cyrille Azevedo ©DR

Nouveau groupe

Je ne vais pas revenir sur la reprise de l’établissement par le groupe Maniatis, sous la supervision de Cyrille Azevedo, à qui l’on doit déjà le Club 21 ainsi que Moon, aux Eaux-Vives. Aujourd’hui, le groupe a décidé de s’implanter sur la route de Florissant. Non pas dans une volonté d’embourgeoisement, mais avec l’ambition de redynamiser cet axe genevois peu évolutif, bordé de tea-rooms et de commerces figés dans le temps.

Le Sesflo n’est pourtant pas l’arcade la plus facile à apprivoiser. Sa terrasse est cachée de la rue – protégée du bruit du trafic environnant - dans un véritable havre de paix qui mériterait d’être plus connu et mieux aménagé pour laisser respirer l’espace. Pas grave.

260515 Sesflo DSC01965
La salle du restaurant Sesflo ©DR

Relever le défi

À l’intérieur, on sent qu’une nouvelle équipe a investi les lieux avec l’envie de bien faire. Et c’est la jeunesse qui a pris possession de la salle et des cuisines. À sa tête, Simon Varaine, ancien bras droit de Quentin Philippe chez Arakel. Malgré son jeune âge, le chef a accepté de relever le défi. Il s’est retroussé les manches – à défaut de la toque - pour prendre en main une adresse qui demande autant d’énergie que de personnalité.

À la première lecture de la carte, je l’avoue, certains intitulés m’ont pourtant laissé perplexe. Burrata, ceviche de bar, tataki de thon, salade César… Autant de plats que l’on retrouve aujourd’hui sur de nombreuses cartes. Je peux comprendre qu’ils y figurent, car ils répondent certainement aux attentes d’une clientèle assez large, mais ils participent aussi à une forme de standardisation gastronomique qui finit par rendre les restaurants interchangeables. Et dans le cas du Sesflo, ce sont des plats qui sont loin de l’identité culinaire de Simon Varaine et de la nouvelle direction qu’il souhaite donner à l’établissement.

260904 Sesflo IMG
Artichaut / Féta / Grenade / Citron confit du chef Simon Varaine ©Edouard Amoiel

Artichaut et feta

Mais ne vous arrêtez pas à une première lecture de la carte. Et surtout, ne tombez pas dans le piège de ces intitulés rassurants. Choisissez plutôt les plats où Simon Varaine s’exprime le plus librement : c’est là que l’on découvre véritablement son talent. Je me suis d’abord laissé séduire par un artichaut accompagné de feta, de grenade et de citron confit. Une assiette élégante, colorée et pleine de relief. L’artichaut est frit, ce qui pourrait être précisé lors de la commande. Car l’intitulé pourrait laisser penser à une préparation crue, découpée en salade et donc plus fraîche. La surprise n’a pas été décevante.

À ne pas manquer non plus, la pissaladière, une tarte provençale aux oignons qui peut manquer de légèreté si elle n’est pas travaillée avec finesse. Celle que propose Simon Varaine est comme une feuille de papier à cigarettes. Précise, croustillante et savoureuse, elle témoigne d’une belle maîtrise, sous une apparente simplicité.

260904 Sesflo IMG
Cabillaud / Crème de moules safranée / Chorizo au Sesflo ©Edouard Amoiel

Histoire personnelle

Le cabillaud est une réussite. Sa cuisson nacrée révèle une chair douce et délicate. Il est nappé d’une légère crème de moules au safran, qui respecte la délicatesse du poisson, simplement soulignée par la discrétion du safran. Quelques minuscules cubes de chorizo apportent du caractère, même s’ils auraient gagné à être intégrés ou disposés autrement.

Il fait bon vivre au Sesflo de Florissant. Reste maintenant à savoir ce que l’avenir réservera à cet établissement qui a connu de nombreuses reprises. Le lieu possède du charme, est agrémenté d’une belle terrasse et la nouvelle équipe semble avoir l’énergie nécessaire. Il faudra sans doute laisser au restaurant le temps d’affirmer pleinement sa direction et, surtout, permettre à Simon Varaine d’imposer sa marque sur l’ensemble de la carte. Car lorsqu’on dépasse les intitulés les plus attendus, Le Sesflo raconte déjà une histoire beaucoup plus personnelle.