La Pinte des Mossettes, un rêve en suspens

La Pinte des Mossettes, un rêve en suspens

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

28 août 2026

Il pensait partir pour mieux revenir. Après trois années à imaginer la renaissance de la Pinte des Mossettes, Nicolas Darnauguilhem voit le projet s'effondrer. Le chef se retrouve aujourd'hui loin d'un établissement à son image. Mais peut-être pas encore tout à fait au bout de son histoire.

Il y a quelques semaines, Nicolas Darnauguilhem m’a envoyé un message. Juste quelques mots. Et cette expression : « prison dorée ». Il fallait comprendre. Parce que lorsque je l’avais quitté à la Pinte des Mossettes, l’histoire semblait plutôt belle et limpide. Un chef, un lieu, une montagne, un jardin et une manière très personnelle de cuisiner. Aux Mossettes, Nicolas avait trouvé, davantage qu’un simple restaurant, un terrain d’expression qui lui convenait parfaitement. La suite devait être encore plus belle.

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Le chef Nicolas Darnauguilhem ©DR

Partir pour revenir

Depuis près de trois ans, un projet se dessinait autour de la maison. De nouveaux propriétaires devaient racheter les murs, rénover l’établissement, créer des chambres et permettre à Nicolas Darnauguilhem de poursuivre son aventure dans une Pinte des Mossettes repensée. Un projet sérieux qui devait se concrétiser. Des architectes avaient travaillé dessus, des démarches avaient été entreprises auprès du canton, des sommes importantes avaient été engagées et Nicolas avait lui-même soutenu son dossier d’étude jusqu’à Fribourg.

En attendant les travaux, une solution transitoire est envisagée : Nicolas quitte temporairement Les Mossettes pour rejoindre Zur Sau à Abländschen, un autre établissement exploité par les futurs acquéreurs. En attendant, le chef propose d’installer un bistrot et un petit restaurant gastronomique, afin de continuer à cuisiner pendant la rénovation de sa maison. Il emporte son matériel, son équipe, ses affaires. Il laisse derrière lui un restaurant qu’il pense retrouver une fois les travaux terminés. Sauf que les mois passent et que le rachat n’a toujours pas lieu.

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Ambiance dana la salle de la Pinte des Mossettes ©DR

Grande déception

Au printemps, le propriétaire de la Pinte des Mossettes s’étonne auprès de Nicolas de ne pas avoir de nouvelles concrètes des acquéreurs. Le chef comprend que la situation s’est grippée. Il attend encore, pris dans l’ouverture compliquée de son nouvel établissement et dans une situation professionnelle de plus en plus difficile. Et à la question posée il y a quelques semaines « est-ce que le rachat de la Pinte des Mossettes va avoir lieu ? », la réponse tombe : non, et ce, malgré trois années de discussions et un projet suffisamment avancé pour que chacun puisse regarder vers l’avenir. La déception est grande.

Le sujet de cette chronique n’est pas de chercher les responsables. Sans doute en raison de désaccords entre les différentes parties, de questions financières et contractuelles et, probablement, d’une succession de malentendus qui ont altéré ce qui avait été imaginé. Regrettablement aujourd’hui, l’établissement est vide. Un retour ne peut pas être envisagé. Inexploitable, la cuisine doit être remise en conformité. Le problème avait été ignoré, car la rénovation prévue devait le régler.

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Les fourneaux de la Pinte des Mossettes ©DR

Dire les choses

Pendant ce temps, le jardin continue d’être entretenu tant bien que mal, et la maison attend. Son propriétaire souhaite toujours vendre. Nicolas, lui, ne dispose pas des moyens nécessaires pour la racheter et entreprendre les rénovations. Lorsqu’il parle des Mossettes, on comprend qu’il n’en est jamais vraiment parti. Il avait construit quelque chose de rare. Pas simplement une table gastronomique, mais un écosystème. Une cuisine liée au jardin, aux producteurs, aux saisons et à cette montagne qu’il connaît et aime parcourir.

Alors j’aimerais que cette chronique serve à dire les choses. Insister sur le fait que le projet que Nicolas Darnauguilhem nourrissait pour la Pinte des Mossettes ne s’est pas concrétisé, que le rachat prévu n’a pas eu lieu et que des travaux sont nécessaires avant d’envisager une réouverture. Et que celui qui avait fait vivre le restaurant se retrouve désormais disponible pour en imaginer la suite. Sans règlement de comptes. Sans chercher à savoir qui avait tort ou raison. Parce que derrière les (non) contrats, les investissements, les murs et les projets d’architecture, se cache une réalité beaucoup plus simple : un cuisinier cherche encore un établissement. Et quelque part, à Cerniat, il y en a justement un qui l’attend.