Fud Läb, la cuisine comme langage
La cuisine comme « terrain de jeu créatif ». L’expression n’est plus nouvelle, mais Fud Läb, aka Michaël Fessler et Yannick Poffet, lui donne une traduction concrète. Derrière ce projet suisse, une ambition assumée : faire de la nourriture un médium, un soft power capable de transmettre des idées, des concepts et des univers.
Profils complémentaires
Le positionnement est clair : entre service traiteur et design culinaire. Fud Läb ne se contente pas de servir, il conçoit des expériences. Pop-ups, activations de marque, événements corporate : chaque intervention est pensée comme un dispositif immersif où la scénographie compte autant que le contenu.
À l’origine, une équipe aux profils complémentaires. Un chef passé par l’École Paul Bocuse et actif sur le plan international, notamment pour Hermès au Moyen-Orient. Un concepteur multimédia, habitué aux installations mêlant art et gastronomie pour des marques comme Cartier ou Puma. Et un troisième profil orienté management et transmission. Ensemble, ils incarnent une approche hybride, caractéristique d’une époque où la gastronomie dialogue avec d’autres disciplines.

Projets à fond
Les projets menés illustrent cette diversité. Au Montreux Jazz Festival 2025, Le Lido proposait une cuisine méditerranéenne dans un cadre éphémère, avec plus de 300 couverts par service pendant seize jours, «il s’agit d’une collaboration étroite avec le MJF et nous renouvelons l’expérience cette année avec le Paloma. Nous avons réalisé un pop-up pour les 25 ans des AOP-IGP. Nous avons conçu, construit et exploité ce restaurant éphémère avec pour objectif de redynamiser ces produits, trop souvent cuisinés et utilisés de manière similaire», relate Yannick Poffet. À Bussigny, une collaboration avec QoQa explorait les possibilités culinaires de la bière et de ses dérivés. Autant de formats qui témoignent d’une capacité à conjuguer créativité et exigence opérationnelle.
Plus conceptuel encore, l’hommage à Jean Tinguely : une machine culinaire conçue pour nourrir jusqu’à 1500 personnes, questionnant la place de la technique face au geste humain. Ou encore les projets liés au design de la table, comme Designer’s Table – concept du designer Raphaël Lutz acquis par le mudac –, qui explorent la relation entre l’objet, le corps et l’acte de manger.

Certaines initiatives se distinguent par une approche plus sensible, à l’image d’une table d’hôtes destinée aux enfants, pensée comme une introduction ludique et sensorielle à la gastronomie. Une manière de rappeler que, derrière le concept, subsiste une dimension essentielle : le goût, l’expérience intime.
Car c’est bien là que se joue l’équilibre. En multipliant les références à l’immersion, à la multidisciplinarité et à la narration, Fud Läb s’inscrit dans une tendance forte de la gastronomie contemporaine avec une piste claire : celle d’une cuisine qui ne se contente plus de nourrir, mais qui cherche à signifier.



