Charles Lachaux et les Grappes Michelin : au-delà des distinctions

Charles Lachaux et les Grappes Michelin : au-delà des distinctions

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

17 juillet 2026

L'arrivée des Grappes Michelin marque une nouvelle étape pour le célèbre guide. Une distinction accueillie avec intérêt… mais aussi avec des interrogations auxquelles Charles Lachaux aimerait obtenir des réponses aujourd’hui.

Chaque nouvelle parution du Guide Michelin suscite son lot de réactions. Les étoiles pour les restaurants, les clés pour les hôtels… et désormais les Grappes pour les domaines viticoles. Sur le principe, l’initiative est loin d’être dénuée d’intérêt. Michelin explique vouloir évaluer un domaine selon plusieurs critères : la qualité de la viticulture, la maîtrise technique, l’identité des vins, la constance ou encore l’harmonie de l’ensemble. Une approche qui dépasse la simple dégustation d’une bouteille et qui, sur le papier, mérite d’être saluée.

Charles Lachaux
Charles Lachaux ©Antoine Martel

Une méthode en question

Pourtant, quelques jours après cette première édition, une voix s’est élevée. Celle de Charles Lachaux. Le vigneron bourguignon ne conteste ni le principe du classement, ni le travail des domaines récompensés. Il affirme même être heureux pour ceux qui voient leur travail reconnu. Son interrogation est ailleurs. Depuis le millésime 2020, le domaine a fait un choix assumé : ne plus recevoir ni les critiques ni les journalistes spécialisés dans l’évaluation et l’annotation des vins. Les dernières bouteilles commercialisées remontent au millésime 2021 et les évolutions engagées au vignoble comme en cave n’ont, selon lui, jamais été évaluées sur le terrain.

Comment, dès lors, attribuer une distinction fondée sur des critères aussi larges sans être venu au domaine ni avoir dégusté les derniers vins de la production ? C’est cette question que Charles Lachaux a posée au Guide Michelin. Une demande d’explications est restée, à ce jour, sans réponse. Le domaine est même allé jusqu’à demander son retrait de la sélection, estimant qu’il ne serait pas cohérent d’y figurer alors qu’il refuse volontairement de soumettre ses vins à la critique depuis plusieurs années.

Photo (c) Leif Carlsson

Une histoire de transparence…

Au fond, cette affaire dépasse largement le cas d’un seul vigneron. Elle interroge la manière dont une institution construit sa crédibilité aujourd’hui. Michelin revendique depuis toujours une indépendance rare, financée par son propre modèle économique, sans invitation ni repas offerts à ses inspecteurs. C’est précisément cette exigence qui a bâti sa réputation. Mais à mesure que le guide étend son champ d’action, de la restauration à l’hôtellerie puis au monde du vin, une autre attente apparaît : celle de la transparence.

Sur quels éléments une distinction est-elle réellement attribuée ? Et quelle proportion repose sur des dégustations récentes, des visites de terrain, des évaluations historiques ou sur les données héritées de Robert Parker, dont Michelin a racheté les activités il y a quelques années ? Ce ne sont pas des accusations. Ce sont des questions.

Et dans un univers où la confiance constitue sans doute la plus précieuse des récompenses, ces questions méritent probablement des réponses aussi claires que les critères affichés.