
Sandrine Pally ou la maturité assumée
Elle arrive à vélo, lunettes de soleil sur le nez, et un grand sourire. Tout de suite, le ton est posé. La rencontre avec Sandrine Pally est de celles qui marquent : une discussion vraie, sans fioritures. On comprend vite que derrière ces trois adresses, il ne s’agit pas d’un simple groupe, mais d’un équilibre qui évolue sans cesse, entre son parcours, sa vision et son étroite collaboration avec Yuttakan Pongkunsup.

Croissance sans bruit
Trois établissements à Genève, ce n’est plus une simple échoppe. C’est un vrai cap, avec une autre dimension et davantage de pression, surtout dans un secteur aussi exigeant. Pourtant, rien n’a vraiment été planifié. Sandrine Pally garde un certain recul, presque surprenant, sur tout ce qu’elle a accompli. La croissance s’est faite discrètement, selon une règle simple : rester impliqués, l’un ou l’autre, dans chaque lieu. Ne jamais perdre le lien.
Tout a commencé par Soi Thai Canteen, ouvert en 2017. C’était une première étape, posée avec prudence, presque comme un test. Sandrine a quitté le confort d’une carrière solide chez Procter & Gamble pour suivre une intuition. Celle de son mari, Yuttakan, plus instinctif et direct, et la sienne, plus réfléchie et mesurée.

Période de lucidité
Ensuite, il y a eu Suahoy. C’est là que l’intuition s’est transformée en conviction. Ils ont ouvert un restaurant plus abouti, plus ambitieux, inspiré par des souvenirs de Thaïlande « moins street food, plus contemporain », comme le dit Sandrine. Bangkok est en toile de fond, avec ses lieux, ses ambiances et ses décors. Pour elle, c’est un terrain de jeu, une façon de raconter autre chose et d’élargir l’histoire.
Puis il y a Satu. C’est sans doute le projet le plus abouti, mais aussi le plus risqué. C’est une plongée dans l’univers de la nuit et des cocktails, avec une énergie différente, moins en phase avec le quotidien du couple et plus difficile à apprivoiser. L’ouverture fin 2024 marque un tournant. Ici, il y a moins d’innocence et plus de lucidité. Le succès des premiers lieux oblige à penser à la durée, à la solidité et, surtout, à la gestion.

Prise de hauteur
C’est à ce moment que la discussion devient vraiment intéressante. Sandrine Pally parle franchement. Elle évoque d’abord la difficulté à déléguer, puis l’apprentissage que cela requiert. C’est presque inévitable quand les « bébés » deviennent des entreprises. Aujourd’hui, elle s’occupe des ressources humaines, des finances et de la structure. C’est un rôle moins visible, mais essentiel. Surtout, ce rôle lui apporte quelque chose de nouveau : de la hauteur, non pas pour s’éloigner, mais pour y voir plus clair.
Pour elle, ce recul est une vraie conquête. Il lui permet de prendre des décisions plus sereinement et de sortir du quotidien pour mieux comprendre ce qui se passe. Elle sait aussi que tout ne marche pas toujours pareil. Pour Satu, par exemple, elle regarde le projet avec lucidité. Elle ne renie rien, mais pense à la suite avec réalisme, sans amertume ni regret, comme un nouveau chapitre. L’apprentissage est là, l’expérience aussi, et surtout la capacité à faire la différence entre ajuster et échouer.

Transmission
En même temps, une autre envie apparaît, plus personnelle. S’engager autrement, transmettre et sortir du cadre strict du restaurant. Son futur engagement à la Société des Cafetiers de Genève en est la preuve. Elle a aussi envie d’enseigner et de partager ce qu’elle a appris sur le terrain.
Finalement, le vrai fil conducteur de cette aventure n’est pas la singularité des lieux, mais la maturité en constante évolution que Sandrine incarne : savoir se connaître, évoluer, ajuster sa route sans renier son parcours. Trois adresses, oui, mais surtout une trajectoire racontée avec sincérité et simplicité.


