Radicelle : l’enracinement poétique de Benjamin Breton
Il y a des rencontres qui ne s’effacent jamais. Je me souviens encore, comme si c’était hier, du jour où j’ai croisé le chemin de Benjamin Breton. Lui aussi s’en rappelle, avec cette tendre nostalgie qui enveloppe les moments fondateurs. Depuis ce dîner au Bottle Brothers, en 2015, j’ai toujours gardé une profonde admiration pour ce jeune cuisinier. Car d’une part, dans ses premiers gestes, vibrait déjà quelque chose de juste, de sincère et de percutant. Et que d’autre part, son chemin depuis n’a été qu’un long parcours de travail, d’élan, d’obstacles surmontés et de visions assumées.

Quatre ans
Quatre années se sont écoulées depuis l’ouverture du Bistrot de Madeleine et de l’Auberge de Lucinges, table étoilée au Guide Michelin. Quatre années durant lesquelles Benjamin Breton n’a jamais cessé de cuisiner, d’imaginer, de questionner, de se questionner et de mettre en lumière celles et ceux qui l’accompagnent. Chez lui, la réussite n’est jamais solitaire. Elle est un cercle. Un partage. Une gratitude. Une élévation commune.
Alors forcément, l’entrepreneur qu’il est devenu ne pouvait s’arrêter là. À quelques encablures de Genève, dans le village de Veigy, il a trouvé un écrin à son image : sobre, chaleureux et délicatement élégant. Un lieu pensé comme un refuge protecteur, une promesse culinairement solidaire. Un lieu qui porte un nom poétique : Radicelle.

Trois espaces
Radicelle, comme ces fines racines qui, dans le sol, cherchent la lumière avant même de percer la surface. Une métaphore parfaite pour raconter la suite de son histoire. Trois espaces composent ce nouveau chapitre : un restaurant d’une trentaine de couverts, une épicerie dédiée aux artisans qu’il admire, et une table d’hôte pour les amis, les copains et les heureux passants. Ici, on s’installe pour se retrouver, pour rire, pour déboucher une belle bouteille, pour laisser les heures glisser avec douceur.
La carte est courte, vivante, sans code ni contrainte. Des intitulés qui changent au gré des envies et du temps qui passe. Des plats qui circulent d’une table à l’autre, que l’on partage d’un regard complice. Une cuisine canaille parfois, généreuse toujours ; comme cette côte de cochon braisée qui promet déjà des moments de déroute gourmande. La cave, elle, chante la France qu’on aime : des régions, des vignerons, des flacons qui racontent mieux que nous les paysages traversés.

Radicelle rassemble
Dans ce nouveau foyer, chacun a sa place. En salle, Alexandre Thomas et Mallaury Girod accueillent les convives avec cette élégance naturelle qui les anime. En cuisine, c’est Kevin Giraud, fidèle parmi les fidèles, qui prend les commandes, faisant de Radicelle une maison à part entière, et non une simple extension. Les pièces maîtresses sont en place. L’aventure peut débuter et promet d’être belle.
Alors oui, comment ne pas tirer notre chapeau à ce jeune chef qui, avec patience et audace, continue d’écrire de nouvelles pages gastronomiques ? Comment ne pas se réjouir de voir le talent animé par la constance, la vision et la générosité ? Radicelle est un lieu à découvrir rapidement. Un lieu de chaleur, de matières nobles mais jamais prétentieuses. Un lieu qui ressemble à Benjamin Breton : précis, lumineux et profondément humain. Un lieu où l’on vient pour manger, certes, mais surtout pour sentir, ensemble, que le monde peut encore être doux.


