Christophe Coutal, l’accent du Midi en résistance

Christophe Coutal, l’accent du Midi en résistance

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

14 août 2026

Il parle fort, rit encore plus fort, s'emporte parfois, puis vous serre dans ses bras deux minutes plus tard. Mais derrière les coups de gueule de Christophe Coutal se cache surtout une fidélité rare : celle d'un homme qui refuse de sacrifier l'âme de Pampelonne sur l'autel de la rentabilité. Rencontre avec le propriétaire de la plage de Moorea à Ramatuelle, dernier défenseur d'une certaine idée de l'hospitalité.

Il suffit de passer quelques minutes avec Christophe Coutal pour comprendre que le personnage ne triche pas. Ce grand gaillard au regard bleu, à l’accent du Midi accroché à chaque phrase, à la poignée de main franche et au verbe haut, fait partie de ces hommes qui occupent tout l’espace d’une pièce avant même d’y entrer. Il peut envoyer une formule bien sentie, s’emporter contre ce qui l’agace, puis éclater de rire dans la seconde qui suit. Chez lui, tout est spontané. Tout est entier.

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La plage de Moorea à Ramatuelle ©Morgan Palun

« Avant, c’était mieux »

Depuis des décennies, il voit défiler les saisons sur la plage de Moorea, à Pampelonne, dans la commune de Ramatuelle. Il a connu les années où les concessions se renouvelaient chaque saison, les grandes familles locales, les habitués qui revenaient chaque été et les premiers bouleversements d’une baie devenue l’une des plus convoitées du monde.

Alors forcément, lorsqu’on lui demande ce qu’est devenue Pampelonne, il sourit avant de répondre que la question est un piège. Comme beaucoup, il pourrait céder à la nostalgie. Mais ce n’est pas dans son tempérament. « Avant, c’était mieux », entend-il dire depuis toujours dans les conversations. Pourtant, Christophe Coutal refuse de résumer l’évolution de la baie à ce simple adage.

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Christophe Coutal, le patron de la plage de Moorea ©Morgan Palun

Clientèle internationale

Selon lui, les infrastructures n’ont jamais été aussi belles. Les établissements n’ont jamais proposé un tel niveau de service. L’offre gastronomique s’est considérablement développée. Aujourd’hui, Saint-Tropez et Ramatuelle attirent une clientèle internationale qui n’y venait pas il y a vingt ans. Sur ce point, il est catégorique : « il n’y a pas photo ».

En revanche, il regrette que cette montée en gamme ait parfois sacrifié l’authenticité. Pour lui, le véritable luxe ne se mesure ni au prix d’une bouteille ni au cachet d’un DJ international. Il se trouve ailleurs. Dans un patron qui accueille ses clients par leur prénom. Dans une poignée de main. Dans une bise. Dans une table trouvée au dernier moment. Dans un serveur qui prend encore le temps de communiquer.

« Les gens n’en peuvent plus », répète-t-il à plusieurs reprises durant notre entretien. À Moorea, il revendique précisément ce contre-pied. Pas de dépenses minimales. Pas de pression pour consommer davantage. Pas de musique assourdissante à l’heure du déjeuner. Le restaurant reste un restaurant. La fête a lieu plus tard du côté du bar. Cette philosophie, il la défend avec une conviction presque militante.

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Côté bar de la plage Moorea ©Morgan Palun

Le dernier des Mohicans

Christophe Coutal sait parfaitement qu’il gagnerait davantage en appliquant les recettes qui font aujourd’hui le succès de certaines plages de Pampelonne. Il pourrait augmenter les prix, demander une dépense minimale par personne, transformer son établissement en une immense scène de spectacle. Il ne le fera pas. « Je travaille sur le long terme », glisse-t-il. Cette phrase résume sans doute toute sa vision.

Car il ne cherche pas le coup financier d’un été. Il préfère fidéliser des familles qui reviennent depuis vingt ou trente ans. Certaines personnes lui montrent aujourd’hui des photos sur lesquelles on le voit tenir leurs enfants dans ses bras… avant de refaire exactement la même photo avec leurs petits-enfants. Pour lui, c’est cela la réussite. « Je suis le dernier des Mohicans », lance-t-il en riant.

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Christophe Coutal au restaurant de Moorea ©Morgan Palun

« Ad usque fidelis »

Au fond, ce qui inquiète Christophe Coutal dépasse largement Pampelonne. Ce n’est pas Saint-Tropez qui l’inquiète. C’est le monde. Les réseaux sociaux, la quête permanente de visibilité, les expériences standardisées, la disparition progressive des relations humaines. Là où beaucoup cherchent à suivre les tendances, lui revendique le contraire. « Moi, je vais en arrière », dit-il avec un sourire. Pas par nostalgie. Par fidélité. Fidélité à une certaine idée de l’accueil, de la générosité et du métier. « Ad usque fidelis », la devise officielle de Saint-Tropez semble avoir été écrite pour lui : fidèle jusqu’au bout.

Dans un univers où tout semble désormais se mesurer en chiffres, en exclusivité, en montant minimal prévu, Christophe Coutal croit toujours qu’un sourire sincère, une poignée de main et un accent du Midi valent parfois davantage qu’un spectacle à plusieurs millions d’euros. Et c’est précisément cette obstination qui fait aujourd’hui de Moorea une adresse à part sur la baie de Pampelonne.