Le luxe en franchise

Le luxe en franchise

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

15 juin 2026

En vous annonçant la réouverture du Delano Miami Beach, je ne pensais pas écrire un billet d’humeur. Et puis l’information a fait son chemin. Ce qui me dérange, au fond, dépasse largement Miami.

Le Delano Miami Beach vient de rouvrir. Cent millions de dollars de rénovation, des voilages blancs retrouvés, une piscine mythique. Sur le papier, le retour d’une icône. Et pourtant. Parmi les restaurants annoncés, on retrouve Gigi Rigolatto - une enseigne dont les adresses jalonnent déjà New York, Paris, Saint-Tropez et Dubaï. Miami devient ainsi une énième déclinaison d’un concept qu’on ne présente plus. Pratique. Rassurant. Et terriblement interchangeable.

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Le lobby de l’hôtel Delano à Miami ©Edouard Amoiel

Playlists tièdes

Car au-delà du nom, c’est toute une esthétique qui se clone. Les mêmes luminaires en rotin, les mêmes cartes où se côtoient tartare de thon, burrata et pizza au levain, les mêmes playlists soigneusement tièdes. D’une adresse à l’autre, seule la vue change. On pourrait fermer les yeux à Dubaï et les rouvrir à Mykonos sans que l’assiette s’en rende compte. Le luxe hôtelier a inventé son propre uniforme : reconnaissable partout, caractéristique de nulle part.

On importe des marques comme on importe des meubles. On rassure les actionnaires avec des noms connus. On vaccine contre le risque au détriment de l’identité. Un hôtel mythique, par définition, ne ressemble à aucun autre. C’est un lieu, une époque, une atmosphère qu’on ne peut pas reproduire ailleurs. Le Delano de 1995 était une proposition radicale. Celui de 2026 est une collection de concepts validés.

La vraie question n’est pas : Est-ce bon ? C’est : a-t-on seulement cherché à imaginer quelque chose ? Et la réponse, cette fois, est non