
Le millefeuille envoûtant du Bombar
Au Bombar, il y a cette sensation rare d’être exactement là où l’on doit être. Une table, un comptoir, une lumière chaude, et cette impression immédiate que le temps va ralentir. S’attabler au comptoir est toujours une chance, et cela reste une place de choix. Une réjouissance presque intime. Un moment suspendu, que l’on partage avec l’amour de sa vie ou un ami qui connaît déjà toutes vos histoires – et celles que l’on écrira ici. Les bougies scintillent entre les bouteilles vides, témoins silencieux d’un lieu vivant, traversé par les soirs, les confidences et les assiettes qui marquent. Le Bombar poursuit sa route gastronomique avec une constance presque désarmante : celle des maisons qui ne cherchent pas à impressionner, mais qui y parviennent naturellement.
Dessert pistaché
Vous le savez, j’ai souvent le regard happé par des créations salées, par ces plats qui racontent un produit et une saison. Mais cette fois, c’est un dessert qui impose l’arrêt sur image. Le millefeuille d’Alexandre Jeny. Une version pistache construite autour d’une crème diplomate (cette crème pâtissière délicatement allégée à la crème fouettée) ici parfumée à la pistache. Pour pousser la gourmandise plus loin, le chef réalise son propre praliné : des pistaches caramélisées, comme celles que l’on croise sur les marchés d’hiver, dont une partie est réduite en pâte et l’autre concassée pour apporter relief et texture.

La structure, elle, repose sur une pâte feuilletée, intensément beurrée, simplement cuite, détaillée puis caramélisée au sucre glace au chalumeau. Et tout s’aligne. Ensorcelant, le mot n’est pas galvaudé. Il craque d’abord. Net. Franc. Puis vient ce croustillant maîtrisé, jamais agressif, toujours élégant. La structure est là, droite dans ses bottes, presque architecturale, et pourtant d’une gourmandise absolue. Chaque bouchée prolonge le dîner, ne le conclut pas : elle le couronne.
Revenir…
C’est le genre de dessert qui vous fait sourire sans que vous vous en rendiez compte. Celui qui fait lever les yeux, échanger un regard complice, et se dire, intérieurement : oui, ce soir, c’était juste. Au Bombar, certains plats marquent. D’autres restent. Ce millefeuille, lui, s’imprime. Et il donne déjà une excellente raison de revenir s’asseoir, à la même place, entre les bougies et les histoires à venir.


