Michelin : la Romandie oubliée, Andermatt célébrée

Michelin : la Romandie oubliée, Andermatt célébrée

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

02 novembre 2026

Sept nouvelles tables à une étoile, aucune en Romandie. Aucune promotion à deux étoiles dans le pays. Et une troisième étoile pour The Japanese Restaurant, au Chedi d’Andermatt, établissement où les chefs étaient également invités à prolonger la soirée. Le palmarès suisse laisse un goût, pour le moins, contrasté.

À Andermatt, où le Guide Michelin dévoilait ce lundi 2 novembre sa sélection suisse 2026, les discours et les remerciements aux partenaires ont longtemps précédé l’annonce des premières étoiles. Un nouveau duo à la présentation, un rythme languissant et, derrière mon écran, cette impression tenace d’assister à une soirée qui peinait à décoller.

Cérémonie pantouflarde

Gwendal Poullennec, lui, avait fait le déplacement par vidéo interposée. Le directeur international du guide a notamment invoqué l’expansion du guide aux quatre coins du monde pour expliquer son absence. Le Michelin grandit, donc. On aimerait que cette croissance lui laisse encore le temps de venir saluer les femmes et les hommes qui font vivre la gastronomie suisse. Son intervention, entre rappels de principes et discours institutionnel, n’aura guère réveillé la cérémonie.

Il y eut pourtant une première raison de sourire, et elle était genevoise. Émeline Gigaud, sommelière du restaurant Arakel, a reçu le prix de la sommelière de l’année. Une distinction que nous saluons et pour laquelle nous lui adressons toutes nos félicitations. Puis les premières étoiles sont tombées. Six restaurants nouvellement récompensés. Aucun en Romandie. Pas un.

Comme les Bib

Cette absence prolonge celle que nous avons relevée récemment dans notre article « Michelin laisse la Romandie sur sa faim ». Onze nouveaux Bib Gourmand, aucun en Suisse romande. Nous nous demandions alors si les étoiles viendraient rééquilibrer les choses. Ce soir, la réponse est tombée : loin de corriger cette impression d’oubli, le palmarès la renforce. Des Bib Gourmand aux nouvelles étoiles, la Romandie reste hors du cadre. Et le bilan romand ne se limite pas à l’absence de nouvelles distinctions… à Bellevue, le Tsé Fung, restaurant chinois de La Réserve Genève, perd son étoile.

On peut évidemment discuter chaque année des choix d’un guide. On peut aussi accepter de ne pas partager le jugement de ses inspecteurs. Mais une sélection qui ne trouve aucune nouvelle table à distinguer dans toute la Suisse romande laisse songeur. Elle interroge le regard que le Michelin porte sur notre territoire, sur ses cuisines et sur celles et ceux qui les font vivre. Difficile, en tout cas, d’y reconnaître le mouvement que nous observons au fil de nos rencontres et de nos repas.

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The Chedi Andermatt ©DR

Zéro deux étoiles, un trois

L’annonce suivante n’aura pas dissipé la surprise : aucune nouvelle deuxième étoile dans tout le pays. À ce stade, la soirée ressemblait davantage à un exercice de reconduction qu’à une célébration de la découverte. Et puis, le sommet. The Japanese Restaurant, au sein du Chedi d’Andermatt, décroche une troisième étoile.

Félicitons d’abord les frères jumeaux Dominik Sato et Fabio Toffolon ainsi que leurs équipes. Cette consécration leur appartient, et nos interrogations sur le guide ne doivent rien retirer à leur travail ni à leur talent. Mais comment ne pas remarquer que la grande annonce de la soirée récompense précisément une table de la station qui accueille la cérémonie ?

Cette proximité géographique ne démontre aucune complaisance. Elle rend toutefois la question de la transparence d’autant plus nécessaire. Quels partenariats encadrent l’organisation de ces cérémonies ? Selon quelles modalités les destinations sont-elles choisies ? Un guide qui demande tant de confiance gagnerait à expliquer davantage les conditions dans lesquelles il rend ses verdicts.

Palmarès contrasté

Car le contraste, ce soir, était saisissant : la Romandie sans nouvelle étoile, aucune promotion à deux étoiles et Andermatt au sommet de l’affiche. De quoi laisser un profond sentiment d’interrogation, bien au-delà des seuls espoirs genevois. J’avais été convié à assister à la cérémonie sur place. Je l’ai finalement suivie depuis le confort de chez moi, et je m’en réjouis. Rarement une remise d’étoiles m’aura paru aussi plate, aussi inodore et aussi incolore. J’en serais presque venu à regretter les éditions à l’École hôtelière de Lausanne. C’est dire. Pour finir, le duo de présentation a invité les chefs ayant fait le voyage à prolonger la fête après la cérémonie… au Chedi Andermatt. Quel hasard.