
Row on 5 : sur mesure gastronomique
Londres offre cet avantage unique de nous surprendre à chaque fois. On croit connaître la ville, ses quartiers, ses tables et son énergie. Puis, derrière une porte, tout recommence. C’est au cœur de Savile Row que débute cette histoire. La rue des costumes sur mesure, du raffinement britannique et d’une certaine idée du luxe. Au numéro cinq pourtant, rien, ou presque, ne laisse deviner ce qui se cache derrière la façade. Une vitre fumée. Une discrétion presque excessive et, sans les deux étoiles Michelin au-dessus de l’adresse du restaurant, qui ont attiré notre attention, nous aurions probablement poursuivi notre chemin.

Quelques secrets…
Nous descendons quelques marches, puis actionnons une sonnette : la porte s’ouvre. Et c’est là que la surprise commence. Je pourrais vous raconter tous les détails. Je pourrais vous décrire chaque pièce, chaque transition, chaque effet de mise en scène. Mais une part du charme de Row on 5 réside justement dans sa capacité à nous surprendre. Certaines tables méritent de garder quelques secrets.
Le premier chapitre se déroule dans un élégant salon feutré au sous-sol. Bibliothèque, comptoir, lumière tamisée. Les chefs y préparent les premières bouchées dans une atmosphère presque domestique. On s’imagine volontiers passer toute la soirée ici, sans réaliser que l’expérience ne fait que commencer. Puis, un ascenseur conduit les convives au premier étage, où une autre surprise de taille les attend.

Rencontre viticole
Avant même de découvrir la salle, une rencontre a lieu. Celle de Roxane Dupuis, aperçue autrefois chez Pierre Gagnaire, au Sketch à Londres ou encore au Beau-Rivage Palace aux côtés d’Anne-Sophie Pic. Elle dirige désormais la sommellerie de Row on 5. Quelques jours auparavant, elle a été sacrée meilleure sommelière de l’année. Une distinction amplement méritée et l’occasion de la féliciter. Puis les portes s’ouvrent.
La salle est magnifique. Épurée sans être froide. Élégante sans ostentation. Chaque table offre une vue dégagée sur la cuisine ouverte, véritable cœur battant du restaurant. Pas de bruit inutile mais une énergie communicative. Ça vie… avec une brigade concentrée et une playlist soigneusement composée par le chef lui-même. Bruce Springsteen, Dire Straits et d’autres classiques défilent à un volume suffisamment présent pour créer une ambiance, suffisamment discret pour laisser la conversation exister.

Niveau remarquable
Le menu du chef Jason Atherton s’ouvre comme une promenade le long des côtes britanniques avant d’emmener les convives bien plus loin. Une langoustine servie en deux temps et deux textures donne immédiatement le ton. Le homard à la singapourienne impressionne par sa précision et sa gourmandise, servi avec du chou pointu qui lorgne vers le Japon. Le Saint-Pierre au poivre offre un équilibre admirable entre caractère et finesse. Quant à l’agneau des Pyrénées, il est accompagné d’asperges légèrement croquantes, dans un registre d’une grande pureté.
La technique est partout, mais n’en fait jamais trop. L’originalité existe sans pour autant prévaloir. Chaque idée semble avoir été pesée, ajustée, affinée jusqu’à trouver sa place exacte. Rien n’est forcé. Le service, quant à lui, contribue pleinement à cette réussite. Une équipe cosmopolite, partiellement francophone, qui évolue avec cette élégance naturelle que Londres maîtrise si bien. Les attentions sont nombreuses sans devenir envahissantes. Et surtout, elles semblent identiques pour chaque table.

Avec le sourire
Autour de nous, les convives sourient. On observe des célébrations, des conversations animées, des regards complices. Cette sensation rare d’assister à un moment exceptionnel que chacun savoure pleinement. Comme si le restaurant avait réussi à créer une parenthèse hors du temps au cœur de l’une des villes les plus trépidantes du monde.
En quittant Row on 5, une certitude s’impose. J’étais venu avec de grandes attentes. Je repars avec davantage encore. Profondément surpris par le lieu, séduit par son élégance et convaincu d’avoir découvert l’une de ces adresses qui justifient à elles seules un voyage. Et dans une ville réputée pour sa concentration de tables, ce n’est pas un mince compliment.
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