
Le Tuba Club, l’essentiel phocéen
Ce sont peut-être ces matelas à rayures jaunes et blanches, abandonnés sur les rochers, offerts à la mer. Ce sont peut-être ces tables sans protection, livrées au soleil, sans filtre ni compromis. C’est peut-être ce vent encore timide, qui hésite à devenir mistral. C’est peut-être cette lumière d’hiver, plus basse, plus vraie, qui caresse au lieu d’éblouir. C’est peut-être simplement Marseille, les calanques, le lendemain de Noël, quand le monde ralentit enfin. Ici, tout commence par un sentiment. Et ce sentiment a un nom : Tuba Club.

Communion avec les éléments
Le lieu vibre doucement, comme une respiration apaisante. Un lieu chargé d’histoire, oui, mais jamais pesant. Un goût pur, presque instinctif. Une élégance rare, celle qui ne cherche ni à séduire ni à convaincre. Ici, rien ne s’impose. Tout est évidence. Le Tuba Club appartient à un clan, propriétaire de ces lieux qui ont presque disparu, surtout dans le sud : des maisons de cœur, des abris sensibles, où l’on vient se retrouver plutôt que se montrer.
On ne s’y protège pas du monde, on s’y raccorde. Le Tuba ne raconte pas une histoire : il laisse la mer, la roche et le soleil écrire la leur, et la cuisine s’y glisse avec une justesse désarmante. Venir ici, c’est un pèlerinage discret. Un instant de bonheur nu. Une communion avec les éléments - l’incessant ressac de la mer qui frappe la roche, le soleil qui offre sa lumière comme une bénédiction silencieuse.

Douceur enveloppante
La carte parle la même langue. Celle de l’iode, de la mer, de la retenue. Une cuisine subtile, moderne sans jamais être démonstrative. Juste. Toujours juste. Chaque détail semble murmuré plutôt que déclaré. Un tarama d’une douceur enveloppante ouvre le bal. Puis les huîtres, réveillées par un soupçon de citron confit - cette infime déviation qui fait naître l’émotion.
Les Saint-Jacques arrivent en carpaccio, acidulées, portées par une huile d’olive à la présence mesurée. Le loup cru, quant à lui, découpé avec délicatesse, se couvre d’une poutargue qui le sublime sans le masquer. Et puis le poisson, moment de grâce : un Saint-Pierre cuit au barbecue, nacré à cœur, marqué par le feu. Une cuisson qui raconte la maîtrise et le respect. La gourmandise s’échappe un instant du rivage pour rendre hommage à un grand chef disparu. Une purée, façon Joël Robuchon, vient rappeler que la générosité peut être un geste précis.

Cadeau méditerranéen
Et si l’on prête au chef Sylvain Roucayrol des allures de capitaine marin, les desserts confirment le mythe : madeleines tièdes, irrésistibles, avec une marmelade lumineuse, suivies d’une mousse au chocolat légèrement cuite, profonde et rassurante. Le Tuba Club est un cadeau. Un cadeau phocéen. Un cadeau marin. Un cadeau que seule la Provence, que seule la Méditerranée, savent offrir sans jamais rien demander en retour. Laissez-vous faire. Entrez… et vous comprendrez.



