Le temps d’un café… italien !

Le temps d’un café… italien !

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

26 août 2026

Il aura suffi d’un arrêt sur une aire d’autoroute italienne, d’un espresso et de quelques minutes au comptoir pour mesurer ce que notre monde pressé et standardisé est peut-être en train de laisser derrière lui.

Je ne sais pas pour vous, mais de temps en temps, j’adore prendre l’autoroute. Me laisser porter, écouter de la musique, regarder le paysage défiler et laisser l’esprit s’échapper un peu. Quelquefois, pourtant, on va trop vite. Comme si l’essentiel était toujours d’arriver. Comme si quelques minutes gagnées avaient encore la moindre importance.

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Café au comptoir ©Edouard Amoiel

Aire d’autoroute

Je me suis récemment laissé tenter par un périple qui m’a conduit en terre transalpine, du côté d’Aoste, avec, plus loin, cet air de Méditerranée qui m’appelle toujours. Et puis je me suis arrêté. Pas dans une trattoria perdue au fond d’un village. Pas à l’adresse d’un torréfacteur que l’on se transmettrait entre initiés. Non. Dans ce qu’il y a de plus banal : une aire d’autoroute italienne. J’y ai commandé un café.

On paie à la caisse, on récupère son ticket, puis on le tend au comptoir. Une charmante dame s’affaire derrière la machine et, quelques instants plus tard, arrive ce petit café, serré, condensé, presque minuscule, avec ses arômes et cette intensité que l’on était venu chercher sans vraiment le savoir. Un espresso. Ou, comme on le dirait volontiers chez nous, un ristretto. Et il est exceptionnel.

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Une machine à café chez Autogrill ©Edouard Amoiel

Une histoire de café

Alors, tout à coup, ce n’est plus simplement une histoire de café. C’est tout un modèle que l’on commence à regarder différemment. Autour de moi, les gens s’arrêtent. Ils commandent, discutent, boivent leur café debout. Je regarde les étalages de panini, les grissini, tout ce petit monde qui vit à quelques mètres à peine d’une autoroute où chacun était pourtant si pressé quelques minutes auparavant. Certes, les produits n’ont probablement pas la même qualité que ceux que l’on pourrait trouver dans une épicerie ou sur la place d’un village italien. Mais rappelons-nous où nous sommes.

Et je n’ai plus envie de repartir. Alors je commande un deuxième café. Je le déguste. Je prends mon temps. Pendant quelques minutes, le temps réapparaît. Je vais même vous faire un aveu : j’aurais pu en prendre un troisième. Rien que par principe. Rien que pour prolonger cette sensation étrange d’avoir retrouvé quelque chose que notre époque passe son temps à vouloir nous faire gagner : du temps. Puis il faut repartir.

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Panini et foccacia ©Edouard Amoiel

Voisin gaulois

La route continue, longue, et finit par me conduire chez nos voisins gaulois. Et là, le contraste est saisissant. Le pays de la gastronomie semble avoir mis une partie de son identité en veille dès que l’on franchit les barrières de ses stations-service. Les grandes enseignes internationales prennent le relais : Pizza Hut, Starbucks, Daunat et d’autres concepts standardisés occupent le terrain, tandis que les sandwichs industriels règnent derrière les vitrines. Comme si, une fois sur l’autoroute, nous avions accepté que la grande consommation et la malbouffe deviennent une fatalité.

C’est tout de même étrange. La France, référence mondiale de la gastronomie, possède un patrimoine culinaire que le monde entier lui envie. Pourtant, dans ces endroits où passent chaque jour des milliers de personnes, il devient parfois difficile d’en retrouver la moindre trace. En Italie, même sur une aire d’autoroute, quelqu’un continue à vous préparer votre café. Ce billet n’est pas un coup de gueule. Encore moins une leçon. C’est simplement une constatation.

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Le trésor à déguster ©Edouard Amoiel

Le plaisir de s’arrêter

Peut-être sommes-nous nous-mêmes en décalage avec ce que veulent réellement les gens. Peut-être veulent-ils aller vite, retrouver les mêmes enseignes, les mêmes goûts, les mêmes repères partout où ils passent. Ou peut-être avons-nous simplement fini par leur faire croire qu’ils le voulaient. Je n’ai pas la réponse. Mais entre un panino, quelques grissini et deux cafés pris au comptoir, j’ai retrouvé, pendant quelques minutes, quelque chose que je croyais être venu chercher beaucoup plus loin. Le plaisir de s’arrêter. Et je suis désormais intimement convaincu d’une chose : en terre italienne, même le café d’une aire d’autoroute vaut amplement le détour.