Le Tablard, apprendre à durer
Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

18 mai 2026

Des tables qui vivent, des assiettes qui circulent et une énergie qui déborde légèrement. À Carouge, le Tablard a trouvé son équilibre.

Il fallait oser reprendre cette arcade. À Carouge, certaines adresses semblent porter en elles le poids des tentatives passées, des élans stoppés net et des histoires qui s’effilochent. Et pourtant, il y a ceux qui s’y frottent. Parce qu’au fond, sans risque, il ne se passe rien.

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L’équipe du Tablard ©Studio PAW

Histoire sincère

Ouvert il y a deux ans en terre carougeoise, le Tablard est ancré dans son environnement, à la Cité sarde. Un quartier comme d’autres qui vit, qui doute parfois, mais qui n’oublie jamais vraiment. Les chantiers s’enchaînent, les repères bougent – Yeast a fermé, le Flacon s’est dissipé, d’autres sont arrivés (avec leurs gros sabots) – et dans ce décor mouvant, certains tiennent. Ils s’adaptent, ils encaissent et, surtout, ils avancent.

Le Tablard fait partie de ceux-là. La proposition, elle, n’a jamais vraiment tremblé. C’est plutôt en cuisine que les choses ont parfois cherché leur juste mesure. Des mains qui passent, des intentions qui s’ajustent et, forcément, une lecture qui fluctue. Rien d’anormal pour une adresse encore jeune. Il y a quelque chose de sincère, presque naïf par moments, dans cette volonté de ne pas être un bar à vins classique, sans pour autant s’en affranchir totalement.

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Baccala Mantecato Bao Buns ©Edouard Amoiel

Partage réel

Derrière le projet, Martin Burrus, que l’on connaît pour sa fromagerie de Bleu ! non loin de là, a imaginé un lieu ouvert, vivant, sans rigidité inutile. En salle, le duo formé par Mattia Baldissara et Julià Vassort donne le ton : une énergie communicative, un redoutable sens de l’accueil et la capacité à rendre le moment léger.

En cuisine, Mathieu Dolatyari déroule une partition pensée pour le partage. Un partage réel, pas celui plaqué sur une tendance. Ici, un croque-monsieur arrive à l’apéritif, presque comme un clin d’œil. On le tranche, on le passe et, tout à coup, la table prend sens. Par la suite, on navigue entre un tartare de bœuf servi sur os à moelle, un jarret de porc généreux et des détours plus libres – une escapade vers l’Espagne avec les calamaretti et une soubrassade ibérique, avant de revenir en Suisse avec des malakoffs relevés de pousses d’épinards et de cerfeuil. Le tout, sans dogme et avec justesse.

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Tartare de Bœuf, Os à Moelle @Edouard Amoiel

Soirée de printemps

Chez Tablard, le partage n’est pas un concept, c’est un réflexe. Les beaux jours aident. La terrasse s’ouvre, les verres se remplissent plus vite, les discussions s’étirent. Et l’on comprend mieux ce que le lieu cherche à devenir : un point de ralliement, un coin de rue où l’on vient sans trop réfléchir. Bonne surprise aussi du côté des vins. La carte a gagné en précision. Elle reste accessible et variée, sans renoncer à quelques belles bouteilles pour ceux qui veulent aller un peu plus loin. Là encore, l’équilibre se construit.

En cette soirée de printemps, il y avait des amis, des proches, des tables qui vivaient. Une forme de désordre joyeux, presque nécessaire. Le Tablard avance avec une énergie qui mérite qu’on s’y attarde.