
Le Restaurant de la Plage : le goût des vacances
Le goût des vacances ne se résume pas tout le temps à une destination lointaine. Parfois, quelques mètres suffisent pour vivre un dépaysement total. Direction la plage des Eaux-Vives. À mesure que l’on s’approche de ce lieu, les réflexes reviennent presque naturellement. On s’imagine en maillot de bain, une serviette sous le bras, des lunettes de soleil sur le nez et un cocktail quelque part à l’horizon.

Face au Léman
Pourtant, rien dans l’architecture du lieu ne cherche à flatter cette image. Métal, lignes droites, volumes assumés : l’ensemble revendique une esthétique froid, rigide et carrément industrielle. Mais une fois assis face au Léman, le décor s’efface doucement. Le regard glisse vers l’eau, le vent accompagne la conversation et le Jet d’Eau compose un arrière-plan dont Genève seule a le secret.
Des adresses de ce type, notre ville n’en possède finalement que très peu, voire aucune. Quelques glaciers, quelques paillotes, puis presque rien. C’est précisément ce qui rend cet endroit précieux. Une parenthèse le temps d’un déjeuner. Une respiration profonde. Une impression de vacances accessible le temps d’une pause de midi.

Le plaisir avant tout
Et derrière cette réussite – en tout cas sur le plan culinaire - se cache un homme que beaucoup connaissent de nom sans toujours mesurer l’étendue de son talent. Jean-Briac Monboussin n’est pas du genre à trop en faire ni à se mettre en avant. Il préfère laisser parler les assiettes. De l’expérience, du caractère, un solide bagage technique et, surtout, l’intelligence d’avoir compris où il cuisinait. Ici, pas de concepts compliqués ni de longues explications. Le produit, le territoire et le plaisir avant tout.
La démonstration commence dès les premiers intitulés, avec un carpaccio de légumes de la ferme de Moniaty, radis et betterave, avec une marinade à l’ail des ours. Le tarama d’œufs de brochet du Léman, accompagné de brocolis en tempura, d’aneth et d’un condiment au citron, fait, quant à lui, l’unanimité. Une assiette dont chacun tente discrètement de récupérer la dernière bouchée. Le genre de plat qui revient systématiquement vide en cuisine.

Tartelette de fenouil
Plus discrète en apparence mais tout aussi convaincante, la tartelette de fenouil et d’oignon confit déploie différentes textures autour d’un jus réduit et d’une glace au fenouil particulièrement réussie. Élégant sans être démonstratif. Généreux sans être lourd. Exactement le type d’équilibre que l’on recherche. La carte aurait pu nous entraîner vers les perches du Léman meunières, leur croustillant de pommes de terre et leur sucrine croquante. Les cannellonis farcis aux cajous, à la crème d’épinards et aux herbes du pays avaient également de solides arguments.
Mais certaines assiettes rendent toute résistance inutile. Le biscuit de tanche du Léman, accompagné d’un remarquable beurre blanc au yuzu et de légumes croquants, fait partie de celles-là. Une préparation qui évoque inévitablement le célèbre pain de brochet de la Mère Brazier à Lyon tout en affirmant sa propre personnalité. Une assiette mémorable, tout simplement.

Lieu sincère
La rhubarbe et la pavlova au kiwi auraient volontiers prolongé le plaisir. Cette fois, la raison l’a emporté. Pour une fois. Car au-delà des plats, quelque chose de profondément attachant se dégage de cette adresse. Une sincérité. Une forme d’humanité aussi. Celle des restaurants qui nous charment et nous désarme par leur honnêteté, qui continuent de progresser, de surprendre et de rappeler qu’une belle table n’a pas toujours besoin d’en faire beaucoup pour laisser une trace.


