Le Café de l’Amitié : les copains d’abord !

Le Café de l’Amitié : les copains d’abord !

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

21 juin 2026

Transformer un lieu chargé de souvenirs est un véritable pari. Le Café de l'Amitié relève le défi avec intelligence, tout en conservant le nom de l’établissement et son esprit rassembleur. Entre une cuisine précise, une ambiance chaleureuse et le plaisir du partage, cette nouvelle adresse a déjà trouvé son public.

Le plus étonnant avec le « nouveau » Café de l’Amitié, c’est peut-être cette impression qu’il a toujours fait partie du paysage culinaire genevois. Comme si cette adresse avait toujours existé. D’une certaine manière, ce n’est pas totalement faux. Dans une autre vie, sous une autre forme, nous y avons déjà passé quelques soirées. Les murs sont les mêmes. L’histoire, elle, a changé.

260602 Café de l'Amitié DSC01071
La table des amis au Café de l’Amitié ©Edouard Amoiel

Le temps des retrouvailles

C’est une partie de l’équipe du kā studio qui a choisi de réhabiliter cette adresse, en lui conservant son nom. Parce qu’au fond, difficile d’imaginer un mot plus évocateur. L’amitié. Les liens. Les retrouvailles. Le partage. Tout ce que l’on espère trouver autour d’une table.

Installé dans le triangle d’or des Eaux-Vives, à quelques mètres seulement de la très vivante rue Henri-Blanvalet, le restaurant semble évoluer dans sa propre temporalité. Derrière les larges baies vitrées, chaque détail a été soigneusement pensé. Rien n’a été laissé au hasard. Les yeux de Margaux de Lisle, l’une des fondatrices, n’y sont pas étrangers. L’ensemble respire une élégance sobre, décontractée et ultra-travaillée, jamais démonstrative.

260602 Café de l'Amitié DSC01091
Le chef Jonas Bolle et son second, Ahmet Pocinci ©Edouard Amoiel

Pas de caricature

Le Café de l’Amitié célèbre la Suisse sans tomber dans la caricature. Ce n’est pas un restaurant folklorique. C’est un lieu ancré dans un patrimoine aimé et respecté. On y croise des amis, des voisins de table devenus des connaissances, des visages familiers que l’on n’avait pas revus depuis longtemps. Une adresse d’ancrage plutôt qu’une adresse de passage.

En cuisine, Jonas Bolle semble enfin avoir trouvé l’écrin qu’il attendait. Son talent n’était plus à démontrer. Ses schnitzels, ses salades César ou encore son fameux « smash bikini » avaient déjà leurs adeptes à quelques mètres de là. Mais cette nouvelle maison lui permet d’élargir son terrain de jeu. D’explorer et d’affirmer encore davantage sa personnalité. En salle, Mattia Baracchetti mène la danse avec assurance. Entre la terrasse et l’intérieur, il imprime un rythme naturel tout en veillant sur une carte des vins déjà particulièrement séduisante et, surtout, intelligemment tarifée.

260602 Café de l'Amitié DSC01102
La déja fameuse pizetta du Café de l’Amitié ©Edouard Amoiel

Cuisine de partage

L’esprit du lieu se retrouve naturellement dans l’assiette. Une cuisine pensée pour partager, sans obligation. Certains s’interrogeront peut-être sur certaines propositions automnales malgré la saison estivale. Un cordon bleu en début d’été divise parfois les convives. Mon cœur balance. Mais je préfère regarder ailleurs. Observer les cuissons, les assaisonnements et ce qui se passe concrètement sur la table.

Comme cette remarquable pizzetta fritta garnie d’un tartare de bœuf, d’artichauts en barigoule, de livèche et de crème de ricotta. Officiellement à partager. Officieusement, j’aurais volontiers gardé l’assiette pour moi seul. Même constat pour les moules accompagnées de pommes de terre nouvelles confites et relevées d’une sauce Casimir particulièrement inspirée. Un plat marin qui a tout du futur classique de la maison.

260602 Café de l'Amitié DSC01115
Le boeuf et sa salsa verde ©Edouard Amoiel

Frites romarin

Pour la suite, le faux-filet de bœuf suisse, servi avec une salsa verde et quelques courgettes grillées, rappelle que la simplicité est souvent une qualité sous-estimée. Les cuissons sont précises, les assaisonnements justes. Les frites allumettes, coupées au couteau et parfumées au sel de romarin, apportent ce supplément d’âme qui donne du relief à de « simples » pommes de terre. Nous passons notre tour sur les desserts malgré la tentation d’une mousse au chocolat réalisée en collaboration avec la manufacture Orfève. Ce sera pour une prochaine visite.

Car c’est bien là le sentiment qui domine en quittant le Café de l’Amitié : l’envie de revenir. Revenir pour retrouver cette atmosphère, cette énergie et cette cuisine qui ne cherche jamais à impressionner à tout prix. Une cuisine personnelle, généreuse, maîtrisée, qui privilégie le plaisir plutôt que l’esbroufe. Et puis, il y a autre chose. La satisfaction de voir de jeunes entrepreneurs continuer à croire en Genève malgré les obstacles qu’impose parfois la ville à celles et ceux qui veulent entreprendre. Pour cela aussi, ils méritent d’être salués. Le Café de l’Amitié porte bien son nom.