Coin Coin, écrire la suite
Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

08 juin 2026

Tourner une page sans renier ce qui a fait le succès d'une adresse n'est jamais facile. Chez Coin Coin, la transition est en cours. Et derrière quelques ajustements de rigueur, se dessinent déjà les contours d'une nouvelle identité.

Coin Coin fait partie de ces adresses auxquelles je reviens volontiers. Pas uniquement pour ce qu’il y a dans l’assiette. Ni même pour ce qu’il y a dans le verre. Non. C’est autre chose. J’aime son bar. J’aime ses petites tables. J’aime sa terrasse lorsque les beaux jours reviennent. J’aime son arcade d’angle d’où l’on peut observer le quartier avec discrétion. J’aime son parquet et cette atmosphère difficile à décrire mais immédiatement reconnaissable dès que l’on franchit la porte.

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Le restaurant Coin Coin ©Edouard Amoiel

À sa place

Tout est réuni pour passer un bon moment. Pour s’attarder. Pour commander le dernier verre de la soirée. Pour oublier le temps qui passe. Coin Coin correspond à nos attentes. Mais les lieux ont une mémoire et les souvenirs anciens ne s’effacent pas.

Le départ de Valentin Pouzet a laissé derrière lui bien plus qu’une simple carte des mets : une personnalité et des moments gastronomiques. Aujourd’hui, une nouvelle histoire commence. Arrivée de Paris, Victoria Crozet mène la salle avec élégance et naturel tandis que Gaspard Dufour a pris possession des cuisines. Une équipe jeune, animée par l’envie d’écrire sa propre histoire.

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Carpaccio de boeuf chez Coin Coin ©Edouard Amoiel

 

Lumière et conversations

Pour une fois, je ne vais pas faire débuter le récit par le contenu de l’assiette. Je retiens quelques détails… qui mériteraient d’être traités. Par exemple, la mezzanine plongée dans l’obscurité, à l’aspect fantomatique, qui accentue l’impression de vide malgré quelques tables occupées en contre-bas. Dans cette partie du restaurant qui semble attendre qu’on lui redonne vie, la lumière manque cruellement.

Ensuite, la musique. Une musique étonnamment forte, au tempo accéléré, pour un mercredi soir. Trop présente, trop nerveuse peut-être. Comme si elle invitait inconsciemment à intensifier le rythme alors que l’endroit appelle plutôt à ralentir. À s’abriter. À laisser le temps faire son œuvre.

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Une table chez Coin Coin ©Edouard Amoiel

Sourire espiègle

Heureusement, l’âme d’une salle se construit aussi grâce à celles et ceux qui l’animent. Et de ce côté-là, une jeune serveuse a largement contribué à éclairer la soirée. Avec professionnalisme, certes, mais surtout avec cette légèreté qui ne s’apprend pas. Un sourire espiègle, quelques mots chuchotés, le plaisir manifeste de raconter les plats plutôt que de simplement les annoncer. Une présence sincère qui donne immédiatement le sentiment d’être attendu.

Puis vient la carte. Une carte qui attire l’œil avant même de séduire le palais. Les intitulés donnent envie. Ils racontent une cuisine actuelle, précise, nourrie de produits doux, mais aussi d’un parcours déjà riche pour un chef encore jeune. On y devine des influences, des souvenirs, des rencontres et cette volonté de proposer une cuisine personnelle.

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Porchetta et nam jin chez Coin Coin ©Edouard Amoiel

Saisi à la torche

Les premières assiettes ne tardent pas à donner raison aux intitulés. D’un côté, un maquereau saisi à la torche, accompagné d’un beurre blanc fumé à l’estragon et à l’huile d’olive. De l’autre, un carpaccio de bœuf, nappé d’une sauce tonnato et relevé de savoureuses feuilles de câpres. Puis la seiche, accompagnée d’un ajoblanco, cette soupe d’amande blanche emblématique d’Espagne, rafraîchie par un granité de concombre.

La suite confirme cette envie de voyager sans jamais perdre le fil. L’aubergine, fondante à souhait, s’habille d’une crème de feta, d’olives noires, de pignons, de parmesan et d’un pesto de basilic aux notes d’ail des ours. Tandis que la porchetta, napée d’une sauce nam jim à la coriandre, d’un jus de cochon au thym et de quelques touches de chou rouge, joue une partition plus gourmande.

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L’ambiance chez Coin Coin ©Edouard Amoiel

Nouvelle identité

À ce moment-là, il devient difficile de ne pas voir le mouvement à l’œuvre. Coin Coin tourne doucement une page et commence à en écrire une autre. Quelques réglages subsistent, mais l’essentiel est ailleurs : dans cette volonté de faire évoluer le lieu sans renier ce qui l’a rendu attachant. Une transition, oui. Mais surtout le début d’une nouvelle histoire.