Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il est quelques fois bien difficile d’écrire la chronique d’un restaurant. Tellement de facteurs sont à prendre en compte quand nous incombe la responsabilité de mettre un lieu en lumière ainsi que ses travailleurs de l’ombre. Certes la restauration a le vent en poupe depuis plus d’une décennie, mais néanmoins le secteur continue de souffrir des interminables aléas liés à la crise sanitaire. Même si cette époque extraordinaire incite à faire preuve de complaisance, comment être juste tout en demeurant honnête?
© Edouard Amoiel
Balade nocturne
En cette saison hivernale, les temps sont à la marche et à la découverte d’une ville que l’on croit connaître par cœur pour y être né. Exit les transports en commun, bienvenue dans l’ère du déplacement urbain. Un mardi soir, c’est au rythme des bruits de la ville que mes pas me guident vers le restaurant Ragù. Les nouveaux résidants de cette arcade - portant autrefois le nom de Bistrot du Boucher – lui ont insufflé un vent culinaire transalpin. Même si le décor demeure inchangé (car il est classé), gardant l’esprit des halles marchandes et des boucheries d’antan, l’ambiance a tout pour plaire.
C’est un soir paisible par excellence. En effet, le deuxième jour de la semaine reflète souvent la dure réalité de la restauration genevoise. L’atmosphère est calme et la flambée des cas de Covid n’arrange pas les choses. Malgré maintes consultations de son téléphone pendant le service, la patronne des lieux remplit dignement son rôle d’hôtesse avec bienveillance et douceur. Côté fourneaux, c’est l’Italie qui domine : antipasti, primi piatti, secondi et dolci s’affichent sur une carte des mets imposante. Les choix sont nombreux et culinairement variés. Ne serait-il pas judicieux de proposer une liste de suggestions bien plus courte ? Quitte à faire évoluer les intitulés au gré du marché et au fil des saisons ?
© Edouard Amoiel
Culture champignon
Difficile d’éviter la case vitello, classique italien, qui demeure harmonieux et suave comme le veut la tradition. Le poulpe grillé sur une purée de pommes de terre violettes, pâte d’olives noires et huile à la menthe respecte son énoncé sans déchaîner les passions pour autant. Dans la catégorie pasta, le risotto interpelle car, alors que la saison de la truffe bat son plein, pourquoi prendre le risque de proposer ce plat italien avec de la truffe d’été ? Une incohérence saisonnière. Autant proposer un risotto nature surtout lorsque sa réalisation est aussi bien maîtrisée. Les cappelletti farcis au fromage et son redondante burrata, tomates séchées et huile au basilic parachèvent un dîner qui, sans les quelques détails évoqués ci-dessus, aurait sans aucun doute pu s’élever vers d’autres cieux. Le restaurant Ragù se rend la tâche plus compliquée dans une période qui l’est tout autant et ne se donne malheureusement pas la possibilité de briller comme il le mérite.
© Edouard Amoiel






