Chez Davia redonne goût à la vie

Chez Davia redonne goût à la vie

Edouard Amoiel

Edouard Amoiel

27 septembre 2026

Je connaissais très peu Nice. Puis, au détour d’une rue, Chez Davia m’a rappelé tout ce que la restauration peut offrir de plus noble : une cuisine, une famille, une âme et une émotion imprévisible qui vous laisse sans voix.

Mais alors là, je suis resté stupéfait ! Bouche bée, presque ensorcelé ! D’autant que je ne m’y attendais absolument pas. Nice est une ville que je connais mal. Pour être tout à fait honnête, elle s’est longtemps résumée pour moi à son aéroport, comme une porte d’entrée vers d’autres destinations. C’était terriblement réducteur.

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Les barbajuans de chez Davia ©Edouard Amoiel

Une autre lumière

Marseille est plus rude, plus brute de décoffrage, plus rebelle et dans son jus. Je dis souvent que la cité phocéenne pourrait se résumer à une chanson de Gainsbourg : « Je t’aime… moi non plus ». Nice possède une autre lumière, une autre douceur. Le Vieux-Nice est magnifique. La promenade des Anglais, bordée de palmiers, prend des teintes orangées au coucher du soleil, se situant quelque part entre la Croisette cannoise et la corniche Kennedy marseillaise. Mais je ne suis pas là pour comparer.

Je marche, je m’engouffre dans les rues et commets l’erreur de passer par la rue Masséna, avec son ensemble de restaurants interchangeables. Pas nécessairement bon marché, loin de là, mais terriblement standardisés et décevants, sans âme, et de mauvaise qualité. Une forme de restauration, davantage conçue comme un piège à touristes que comme un marchand de bonheur, que nous déplorons tous.  Heureusement, quelques ruelles plus loin, je découvre Chez Davia. Et là, tout change.

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La salle du restaurant chez Davia à Nice ©Edouard Amoiel

Ancien du Louis XV

Ce que je ressens à mon arrivée n’est pas une simple émotion. C’est une déflagration. Une accumulation de goûts, de gestes, de sourires et de vibrations. Chez Davia réconcilie avec la vie et avec le monde de la restauration. Depuis 1953, cette maison familiale raconte et sublime - pour une fois, le mot n’est pas galvaudé - la cuisine niçoise. Non pas en la rendant artificiellement élégante (clin d’œil à la Petite Maison), puisqu’elle l’est déjà, mais en la servant avec une précision et une sincérité absolue. Aux fourneaux, Pierre Altobelli, passé il y a bien longtemps par les cuisines d’Alain Ducasse au Louis XV, maîtrise parfaitement son sujet. En salle, malgré un service qui bat son plein, l’équipe fait preuve d’une gentillesse sans faille.

Nous voici bien éloignés de la dérive snob de certains bistrots parisiens et de leurs cartes des vins aux tarifs prohibitifs. Ici, il y a une âme. Il y a de la vie, mais pas de mise en scène. Une vie authentique, portée par une famille de restaurateurs et transmise depuis tant d’années. Avant même de lire les intitulés, je suis déjà sous le charme. Puis vient la carte, et j’ai envie de tout manger : les anchois de Méditerranée, la terrine de lapereau, la ratatouille, la soupe au pistou, les calamars, le melon au vin doux, les figues, la soupe de poisson, les sardines farcies, la daube… Il faut pourtant choisir.

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Les petits-farcis de chez Davia ©Edouard Amoiel

Barbajuans gourmands

Je commence par la liche, un poisson sauvage de Méditerranée servi cru, découpée en cubes généreux, plus imposants que ceux d’un tartare coupé au couteau, accompagnée d’olives et assaisonnée d’huile d’olive. Un plat engagé, vivant, suivi des barbajuans, raviolis farcis et frits, qui arrivent brûlants et délicieusement croquants. Puis comment ne pas m’arrêter à la case linguines au pistou, accompagnées de quelques fagiolini et de haricots coco ? Je prends mon temps. Je déguste. Je suis ébloui par tant de goûts, d’assaisonnements justes et, surtout, par tant de simplicité.

Le plaisir est tel une décharge électrique. Pour la suite, j’hésite entre la daube de bœuf, cuisinée comme dans l’arrière-pays, et les légumes des paysans d’ici, farcis à l’agneau. Ces derniers auront ma préférence. Jus de viande intense et cuisson lente : les plus beaux farcis qu’il m’ait été donné de déguster. Je pose mes couverts. J’attends, désireux de ralentir le temps…

Je voulais faire l’impasse sur le dessert mais des conseils avisés sur la tarte au citron m’ont fait changer d’avis. Quel moment ! Je reste déconcerté, bouche bée, désarçonné. Et je tiens à réitérer mes éloges, car la rédaction de ce dîner n’appelle ni retenue ni précautions épistolaires habituelles.

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La tarte au citron chez Davia ©Edouard Amoiel

Un récit lumineux

Chez Davia réunit tout ce que la gastronomie offre de plus noble : la simplicité, le sens de l’accueil, le goût de la transmission et une véritable identité locale - même si ce mot est utilisé à tout bout de champ, jusque dans mes propres récits. Ici, nul besoin d’artifices, de longs discours ni de concepts marketing. La sincérité de la cuisine, la chaleur de la réception, la fidélité à un terroir, à une famille et à une histoire suffisent à concevoir une table d’exception. Tant de vertus réunies semblent dessiner le récit fabuleux de Chez Davia : celui d’un petit restaurant niçois qui, sans chercher à impressionner, m’a offert l’un de mes plus grands moments gastronomiques de ces dernières années.