Anou, la table comme une invitation
C’est à la place de l’ancienne station-service des Eaux-Vives que se niche aujourd’hui le restaurant À table chez Anou. Dès l’entrée, un décor accueillant donne le ton : une grande pièce chaleureuse, une longue table dressée au centre et un bar où la cheffe compose les assiettes. Ici, tout est pensé pour que l’on se sente comme invité chez elle, dans un salon à la décoration épurée et confortable. Un verre de prosecco est offert en attendant l’arrivée des autres convives, car À table chez Anou est avant tout un diner club : tout le monde mange à la même table, le même menu. Les présentations se font naturellement et, lorsque chacun est installé, le voyage peut commencer. Ce soir-là, un dîner végétalien fusion indienne en sept plats est proposé, véritable immersion dans la cuisine et les origines d’Anou.

Premières bouchées, premières émotions
Avant même de manger, Anou insiste sur l’importance de préparer le corps. Elle commence donc par servir un verre de bouillon chaud, très épicé, à boire lentement. Un élixir réconfortant, presque méditatif, qui réchauffe le corps et réveille les papilles sans les brusquer. Une première vague de saveurs, annonciatrice de la suite. Une boulette frite à base de lentilles est servie avec ce bouillon, posée sur un lit d’herbes et fumée sous une cloche de verre. Le croustillant contraste avec le moelleux de l’intérieur, tandis que la note fumée enveloppe l’ensemble. Dès les premières bouchées, les épices dialoguent entre elles avec une étonnante harmonie.
Le plat suivant associe des pommes de terre sautées à un chutney de coriandre et à une sauce au tamarin, relevées par quelques gouttes d’huile de safran. Les saveurs franches et légèrement acidulées subliment la douceur des pommes de terre, pour un équilibre à la fois familier et surprenant. Vient ensuite une soupe de lentilles et de légumes aux épices, surmontée d’un trait de yaourt et d’oignons frits. Un plat enveloppant et généreux, qui marque une nouvelle montée en intensité. À chaque service, Anou prend le temps d’expliquer les ingrédients, leurs bienfaits et la logique qui guide ses associations. Sa passion pour la cuisine et pour ses racines se ressent dans chaque mot et nous embarque pleinement dans son univers.

La force du végétal
La suite met à l’honneur la courgette, grillée aux épices et accompagnée d’une sauce au tofu, au moringa et aux épinards. Le goût végétal est intense, équilibré par l’acidité du moringa et la douceur enveloppante du tofu. Anou démontre que le tofu, bien travaillé, trouve pleinement sa place dans une cuisine raffinée et expressive. Le plat suivant marque une pause volontaire dans les épices. La cheffe recentre l’attention sur un seul légume : le chou, décliné en trois textures. Une crème onctueuse, du chou grillé et des lamelles de feuilles de chou frites composent une assiette à la fois douce et percutante. Dégustées ensemble, ces préparations révèlent toute la profondeur du légume.
Pour conclure la partie salée, Anou propose un plat chargé de mémoire : des légumes mijotés aux épices accompagnés de riz, tels qu’elle les mangeait étant enfant. Une assiette simple, chaleureuse et pleine de goût, qui apaise le palais et prépare doucement à la suite. En dessert, une mousse de poire, cacao et noix de cajou, à la fois fraîche et gourmande. La poire apporte une délicatesse fruitée, le cacao une légère amertume et la noix de cajou une texture soyeuse. Une recette d’une simplicité déconcertante, déclinable selon les fruits de saison.

Quitter Genève, le temps d’un dîner
Dans cette ambiance feutrée et calme, À table chez Anou offre bien plus qu’un dîner : un moment suspendu, à partager entre convives, guidés par la cheffe elle-même. Ici, on prend le temps de goûter, d’écouter, de comprendre. Une expérience douce et sincère, qui permet de quitter, le temps d’une soirée, la grisaille genevoise et le stress du quotidien pour se laisser envelopper par la chaleur des épices et l’âme de l’Inde.



