Restaurateur sentimental

Edouard Amoiel
30 novembre 2021
Propriétaire du Café du Marché et de l’Olivier de Provence à Carouge, le restaurateur Pierre-Alain Brodard parle de son métier sans détour.
Dans le milieu feutré de la gastronomie genevoise, le nom de Pierre-Alain Brodard ne vous dit peut-être rien. C’est seulement lorsqu’on arrive dans son fief de Carouge et que l’on évoque son parcours autour du ballon rond que les choses s’éclaircissent. « Je suis né à Carouge et j’ai vécu toute ma vie ici. Je suis un pur produit carougeois » annonce fièrement l’ancien Secrétaire Général et Président du club de foot de la cité sarde. Et pourtant, ce personnage haut en couleur, vêtu ce jour-là de noir de la tête aux pieds, est une personne pudique et sensible. Ayant baigné tout au long de sa carrière de près ou de loin dans l’univers de la restauration, il retrace, non sans émotion et avec une belle dose de sincérité, son parcours, ses bonheurs et ses galères.
© Café du Marché
Foot toujours
Comme souvent en cuisine, tout commence dès l’enfance. Rares sont les personnes qui pratiquent ce métier sans avoir un pied dans la restauration dès le plus jeune âge. La mère de Pierre-Alain Brodard était serveuse… au Café du Marché. Même si le lien s’est fait bien des années plus tard, l’affect pour cet établissement est indéniable. « Je me souviens encore être assis sur mon tabouret de bar et attendre qu’elle termine son service. Difficile d’oublier les odeurs de la poule-au-pot servie tous les dimanches. J’étais fasciné par cet environnement et la restauration a très vite fait partie de mon ADN ».
Son désir de devenir cuisinier est contrecarré par son père qui l’en empêche avec détermination et l’oriente fortement vers une trajectoire footballistique. Impulsif, le jeune talent aurait pu faire carrière en tant que joueur professionnel mais son franc-parler l’éloigne des crampons. Des regrets ? « Aucun » réplique-t-il avec conviction avant de reprendre. « Tout ce que j’ai fait dans la vie je ne le regrette pas. J’ai construit mes projets et choisit une orientation professionnelle qui m’a toujours comblé ». Pendant 20 ans, il jongle entre le gazon des terrains du club de l’Etoile Carouge et les bilans comptables de sa fiduciaire.
© L’Olivier de Provence
Nappes blanches
En 2000, la mère de Pierre-Alain Brodard reprend le Café des Négociants à Carouge et trois ans plus tard elle demande à son fils de la rejoindre dans l’aventure. Une aubaine pour celui qui souhaite un peu de changement dans sa vie. Même si l’affaire sera revendue en 2008 à Philippe Chevrier, la magie opère et le patron prend plaisir à retrouver un métier qui privilégie le contact humain. Après un retour par la case comptable, il reprend le Café du Marché en 2015. « Je ressens le besoin d’être proche de la clientèle. En fait, je fais souvent le parallèle avec le football et l’esprit d’équipe. Si l’on est seul, cela ne peut pas marcher au quotidien. Même si personne n’est irremplaçable dans une entreprise, il faut savoir mettre en avant ses collaborateurs et faire de la place aux autres ».
Avec Mathieu Van Coppenolle côté salle et Nicolas Bouiller côté fourneaux à l’Olivier de Provence, il sait s’entourer de talents qui sont les dignes ambassadeurs d’une gastronomie où le produit est roi et les saisons sont reines. La reprise de cette deuxième institution carougeoise est tout aussi symbolique que la première. Issu d’un milieu ouvrier, le père de Pierre-Alain emmenait sa famille une fois par an au restaurant… à l’Olivier de Provence. « Enfant, c’est la seule fois où nous dînions sur des nappes blanches » se remémore-t-il avec émotion.
Soutien
Comme l’ensemble de ses confrères, les établissements de Pierre-Alain Brodard sont touchés de plein fouet par la crise sanitaire. Un coup dur pour l’entrepreneur qui traverse une période difficile. « Autant psychologiquement que physiquement, la Covid-19 m’a laissé des traces que j’essaie toujours de réparer. Nous ne sommes malheureusement pas encore tirés d’affaires ». Il continue de puiser dans ses réserves intellectuelles et financières afin que le moral ne faiblisse pas. Aujourd’hui, il se reconstruit et se remotive de plus belle. Ce sont la sensibilité et les émotions qui ont toujours poussé Pierre-Alain à aller de l’avant, sans oublier son épouse Marylin qui, depuis 40 ans, lui apporte un indéfectible soutien. Son message est très clair : il finira ses jours dans un bistrot. Le plus tard sera le mieux…
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